Des mondes fabuleux sur peau de dragon
Papiers Domiciliée à Genève, la Grenobloise Elisabeth Beurret travaille la fibre du dragonnier
Le titre choisi par Elisabeth Beurret pour son exposition à la galerie Fallet à Genève, Rouge Dragon, est à plusieurs sens. Il fait allusion au végétal choisi comme matériau de ses papiers artisanaux, le dragonnier des Iles Canaries, arbre qui peut devenir très grand et très vieux, et qui produit des fibres particulièrement coriaces, ainsi qu’un résine rougeoyante. Ce titre évoque aussi les tonalités des travaux, rouge et feu, et apporte une tonalité supplémentaire, fabuleuse, exotique.
Artiste née à Grenoble et domiciliée à Genève, où elle a suivi des cours de spécialisation à l’Ecole supérieure d’art visuel, Elisabeth Beurret a choisi de concocter ses propres supports, en créant ses « papiers », des papiers expressifs en soi, élaborés à l’aide de différentes plantes, associées les unes aux autres – fougère, prêle, chanvre et, pour cette série, dragonnier. Mais elle ne se contente pas de fabriquer les supports, ni de les teindre, elle procède également par assemblage, encollage, couture, superposition, créant des motifs en laissant transparaître, çà et là, la structure des tiges ou des feuillages, et en organisant l’espace selon des schémas géométriques.
Les peintures, ou teintures sont présentées tout en hauteur, la façon d es rouleaux anciens ou orientaux. Parfois, les feuilles sont fixées sur des plaques de plexiglas, qui offrent une manière de cadre virtuel et mettant en valeur transparences et filigranes.
Harmonies mordorées
Semi-abstraites, puisque, par exemple, les nervures de certaines feuilles évoquent l’armature d’un éventail, ou que je jeu des fibres fait parfois songer à une écriture, les compositions font appel aux signes, des signes comme inscrits par la nature elle-même. Harmonies mordorées, chaudes et lumineuses ou, par exception, d’un vert tendre, les tableaux se révèlent sensibles et reposants. Voyageuse, l’artiste collecte ses matériaux dans différentes régions du monde, s’initiant en même temps aux techniques et aux légendes. A Genève, elle enseigne les techniques du papier – de la feuille à la pulpe et de celle-ci à la feuille – organisant des ateliers, notamment au Musée d’art et d’histoire, allant à la rencontre du public.
Laurence Chauvy, LE TEMPS, 7 octobre 2008
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Papier- und Raku-Kunst wird an des Dorfstrasse ausgestellt
"L’Art du Papier" von Elisabeth Beurret und Raku-Objekte von Lucia Munuera stehen sich in der neuen Ausstellung in der Galerie Art4Art gegenüber: Werke aus handgeschöpftem Papier und Keramik-Kunst aus dem 16. Jahrhundert.
Die neuen Arbeiten von Elisabeth Beurret sind gezeichnet durch die naturgegebenen Formen, Strukturen und Farbpigmente der Pflanzen. Ob am Meer, in den Bergen oder in Sumpfgebieten, die Künstlerin dringt in die Innenwelt der Pflanzen ein. «Ich lasse die verschiedenen Pflanzen sprechen und es entstehen Zusammenfügungen von verschiedenen Papierschöpfungen.» Es beginnt mit Pflanzensammeln.
Die Arbeit der Künstlerin fängt mit der Pflanzensammlung an, die zu gegebener Saison und an ganz präzisen Orten stattfindet, dann folgt die Metamorphose der Pflanzen zur Pulpe, welche Beurret dann nach orientalischen und westlichen Techniken schliesslich zu Papier verwandelt. Auf diese Weise entsteht eine enge Verbindung zu den Kräften der Pflanzenwelt, welche sie mittels Fasern, Zeichen, Stofflichkeit und Schriftzeichen wiedergibt.
Elisabeth Beurret ist 1957 in Grenoble geboren. Sie lebt und arbeitet in Genf und studierte Graphik an der Ecole des Beaux Arts in Lyon beziehungsweise Malerei an der Ecole d'Art Visuel in Genf…
Zurich See / Rechter Ufer / 5 septembre 2007
Küsnachter / Erlenbach / 6 septembre 2007
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Sur l’île, la maison est séparée de la plage par une zone lagunaire aujourd’hui délaissée. Les flux et les reflux de l’eau génèrent en ce lieu des dépôts, des accumulations et des rassemblements de matières, car l’eau en se retirant abandonne ce qu’elle a transporté ou emporte ce qu’elle a déposé. Par temps chaud, il reste parfois sur le sol des résidus secs aux allures de papier. Atteindre la mer, c’est traverser d’abord cette zone, abandonnée aux silences de l’eau.
… Au bord d’un chenal du marais, elle ramasse les feuilles séchées du grand chardon qui s’accumulent au sol avant de se décomposer.
… Un grand bassin métallique est rempli d’eau aux deux tiers. Près du bassin, des rectangles de feutre sont empilés et plus loin s’entassent les tiges du grand chardon. Sur un feu est suspendu un chaudron rempli d'eau. Elle entre dans la pénombre et n’apparaît vraiment que dans le faisceau lumineux qui éclaire le bassin. Son vêtement est un assemblage de deux pièces de tissus : l’une entoure la taille ; l’autre, depuis le ventre, descend entre les cuisses et remonte jusqu’aux reins. Elle se dirige vers le feu en longeant le bassin et s’accroupit pour saisir une grande brassée de tiges que les bras ensemble présentent au ciel. Elle est debout et se tourne vers le chaudron. Ses bras se déplient le long du corps et les tiges lentement tombent dans l’eau. L’eau va bouillir longtemps, puis le feu s’éteindre.
… Pendant la cuisson elle disparaît un moment puis dans un silencieux va-et-vient transporte de grandes plaques d’un bois lisse et sombre en les tenant verticalement devant elle. Elle se penche pour les poser et les aligner sur le sol. Elle apporte une petite pierre blanche et rugueuse qu’elle pose à proximité des bois. De l’eau refroidie elle extrait les tiges aux fibres assouplies et les répartit sur le dallage noir. Elle s’installe genoux à terre pour fouler les fibres en les frappant de la pierre. Seuls comptent alors la saccade de la main et le bruit de la pierre sur le bois que le chardon assourdit.
… Elle relève les longs tissus de son vêtement en les nouant en haut des cuisses. D’un grand geste, elle rassemble la pulpe ligneuse à l’extrémité du tapis de bois. En plusieurs allers et retours elle la jette dans l’eau du bassin. Elle y plonge entièrement les bras nus et remue la mixture.
… Elle écarte largement les bras pour saisir le grand tamis. Penchée sur le bassin, bras et jambes ouverts, elle le plonge dans l’eau pour recueillir la pulpe, le soulève obliquement hors de l’eau, le balance en même temps que le haut de son corps. L’eau s’écoule et clapote. Bras levés, ouverts aux vents, elle pivote sur elle-même et sur un feutre dépose en offrande la première feuille de papier. Pendant tout le reste du spectacle elle répète ces gestes et disparaît peu à peu derrière l’alternance de papier et de feutre. À chaque feuille posée un voile descend des cintres. Peu à peu l’espace entier du plateau s’épaissit ; les lumières venues avec les voiles s’essoufflent ; à la fin, seul un rideau de scène opaque respire.
Jean-Pierre Brazs
Extraits de "Contes picturaux"
Editions Materia prima, 2005
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Un accrochage qui est tout de papier
… Elisabeth Beurret s’est très vite mise au « paper art ». Déjà aux Beaux-Arts de Genève, elle s’y intéressa et fut, à trois reprises, sélectionnée pour la Triennale internationale du papier de Charmey. A l’Aurore, elle présente des papiers-tableaux où la fibre sert de canevas aux formes que l’artiste puise dans notre mémoire collective. En superposant les fibres de différents végétaux avec du papier japon, des pigments et de la cire, elle met en transparence les trames si fines qu’on les lit en profondeur. Papier pressé, gaufré, écorce de bouleau, paille, coton se mêlent à des feuilles dont ne subsistent que les nervures. Certains papiers sont teintés de pigments.
Elisabeteh Beurret a réalisé deux types de tableaux : des papiers de feuilles, certains rehaussés au crayon pastel et assemblés au fil. Un fil qui entre dans la structure de l’œuvre. Les papiers de la mémoire jouent sur la profondeur de la matière, ses reliefs et sont couverts d’une couche de cire. Ils sont pareils à des parchemins, triptyques ou livre manuscrit. Les tableaux d’Elisabeth Beurret jouent des variations de couleur, du jaune, du rouille ou du vert. On y suit des traces d’histoire à travers la texture des végétaux…
MDL
La Liberté, Fribourg, 12 octobre 2002
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Art papier / langage du végétal
A chaque tradition culturelle appartient un langage de la couleur, des signes, de la matière … Au-delà, n’y aurait-il pas un échange possible entre ces langages apparemment si différents ?
Cette question amena Elisabeth Beurret à tenter de retrouver, d’une part à travers des gestes ancestraux, tels ceux propres à la fabrication du papier, et d’autre part lors de voyages livresques ou réels, sources d’idées de couleurs et de formes pour son travail pictural, cette civilisation commune à toute culture …
Pour la fabrication de son papier, il fallait certes partir d’éléments naturels, mais les transformer. Les faire devenir support-matière, rugueux, râpeux, fin ou subtil, transparent ou opaque ; support-couleur coloré dans la masse, magnifié dans la surface ; matière picturale, déchirée, juxtaposée, superposée, cousue, en tant que signes volontaires rythmant, tels une écriture, les vibrations de voyages réels ou imaginaires…
Vérena Quadranti, 1999
Ferme de la Chapelle, Grand Lancy
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Exposition à Sorens
Il est façonné, déployé, coloré, sculpté…
... A Sorens, elle expose d’autres facettes de son talent : le papier brut, où se lit la texture, et le papier-tableau, avec des compositions abstraites qui jouent sur la perspective et la profondeur. Les premiers sont de couleurs discrètes. C’est la fibre qui parle, et l’artiste souligne l trame en intégrant des feuilles d’arbres, pour suggérer des paysages éthérés. Les papiers-tableaux, eux, sont une fête de la couleur. Ces mondes en miniature, avec les papiers colorés de pigments naturels, évoquent des labyrinthes et des percées de lumière…
Ses tableaux, Elisabeth Beurret les mûrit lentement. Ils sont indissociables du voyage. En Toscane, avec ses cyprès, en Afrique noire, avec la chaleur des tons, et récemment en Australie, l’artiste s’imprègne du paysage. Les plantes qu’elle cueille deviendront la pulpe du papier. Dès lors, ses compositions sont comme les feuillets d’un carnet de route. Une mémoire en éveil…
P.G.
Sud Fribourgeois, 17 juin 1995
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Elisabeth Beurret peint et expose des papiers végétaux originaux
L’œuvre de l’artiste est à la fois charpentée et fragile. La démarche personnelle surprend et séduit. Un beau travail à voir à la Galerie Fontaine
Une exposition toute de rouge et d’ocre. Une exposition chaleureuse et surprenant. La Galerie Viviane Fontaine, à Charmey, accueille une artiste du papier jusqu’au 25 juin prochain. La discipline est également celle de la maîtresse des lieux, mais l’invitée, Elisabeth Beurret propose le matériau papier qui lui sert de support à son travail pictural…
Elisabeth Beurret réalise la plupart de ses papiers à partir de coton auquel elle ajoute, ici, une bouillie de feuilles mortes, là des fils de coton ou d’autres fibres végétales comme le maïs ; ou des pigments, de la cire, du bois, des coquillages. Les mélanges sont subtils…. L’œuvre est une belle performance technique et un hymne à la fragilité de la nature…
Elle mêle les textures du matériau et son intervention picturale laisse parler la matière, joue avec ses caractéristiques. Elle vit le papier comme un matériau symbolique. N’a-t-il pas été le véhicule des civilisations ? Il est, en outre, évocateur de la nature, des saisons, du voyage. A voir.
MDL
LA Liberté, Fribourg, 13 juin 1995
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Tabernacles laïcs
Aux murs de la petite galerie Fontaine, les papiers d’Elisabeth Beurret allument des poèmes. Papier, ce mot tant utilisé, jusqu’à perdre sens. Ici, né de plantes, tissé de feuilles mortes, orné de morceaux de bois, il prend valeur de signe. Expressions « à plat », ces oeuvrent pourtant à l’espace, comme des tabernacles laïcs.
« Travailler ce matériau, c’est avant tout le laisser parler, c’est tirer profit de ses aspérités, de ses fêlures, qui évoquent la rugosité de la pierre, la terre retournée », écrit l’artiste … Dans la pulpe de chanvre ou de feuilles bouillies, Elisabeth Beurret insère des pigments, avec une prédilection pour les ocres et les rouges. Une fois le papier tendu, elle le colore à nouveau de pigments pour pousser les tons… Ses œuvres ressemblent aux toiles du peintre Rothko, par la profondeur des couleurs et la vibration de la matière. Toujours abstraites, elle sont tatouées de signes : cercles, triangles et croix, qui tiennent la fonction d’une reconnaissance. Comme pour éviter de se perdre dans le lacis des formes. Ornées parfois de bouts de bois et de coquillages, ces compositions deviennent des totems intimes…
P.G.
La Liberté, Fribourg, 13 juin 1995
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